CULTURE- MUSIQUE- RABAH DRIASSA
(CHANTEUR)
Né le 19 août 1934 à Blida, à une
cinquantaine de kilomètres au sudouest d'Alger, il
n'était destiné, en apparence, à aucune gloire particulière. L'existence, très
tôt, se charge de le tester : orphelin de mère à douze ans, puis de père trois
ans plus tard, il se retrouve à l'adolescence responsable de cinq frères à
élever. C'est dans cette adversité précoce que se forge, sans doute, la gravité
douce et la générosité qui traverseront toute son œuvre. Avant d'être une voix,
Driassa fut un regard et une main. Autodidacte, il
s'initie à la peinture miniature en s'inspirant du maître Mohamed Racim, expose
ses toiles à Blida puis à Alger, et remporte le prix Jules- Ferry lors d'un
salon réunissant artistes algériens et orientalistes, à l'occasion du jumelage
entre Blida et la ville française de Metz. Le peintre précède le chanteur, et
cette double vocation, l'œil qui compose une image, l'oreille qui compose une
mélodie, explique peut-être la sensibilité picturale de ses chansons, où chaque
vers semble planté comme un motif dans une toile. C'est en 1953 que le hasard,
ou plutôt une radio d'Alger installée au quartier Khaldoun, lui tend un micro
et l'invite à interpréter sa propre composition. Il a dixneuf
ans. De cette première occasion naît une carrière qui s'étendra sur près de
quatre décennies, de 1953 à 1990, et qui l'imposera comme l'un des piliers de la
chanson populaire algérienne. Chanteur, compositeur, musicien, poète : Driassa cultive un style qui lui est propre, mêlant le bédoui, l'alaoui, le saharien et
des influences plus modernes, sans jamais renoncer à la pudeur et à la retenue
qui caractérisent son écriture. Ses textes célèbrent l'amour, la beauté
féminine, la nature, la patrie et la foi, toujours avec une élégance qui évite
la vulgarité, un choix esthétique qui lui vaudra le respect de générations
entières, y compris les plus âgées. Son répertoire, aujourd'hui considéré comme
un pan du patrimoine musical algérien, compte des titres devenus de véritables
hymnes populaires : «Hizia»,
«Nejma Kotbia», «El Goumri», «Ya Lhouta», «Yahya Wlad Bladi», ou encore «Ana Djazaïri», chanson patriotique qui l'a fait connaître bien
au-delà des frontières algériennes. «Nejma
Kotbia», en particulier, reste considérée comme l'une
des plus grandes chansons d'amour de l'histoire de la musique algérienne. On
raconte que certaines de ses œuvres ont même été reprises jusqu'en Corée,
preuve d'un rayonnement qui dépasse largement le cadre national. Ambassadeur de
la chanson algérienne à travers de nombreuses tournées en France et en Europe, Driassa incarne, pour tout un peuple, la mémoire vivante
d'une époque et la continuité d'un art populaire exigeant. Marié et père d'un
fils, Abdou, qui reprendra le flambeau musical dans les années 1990 en
interprétant à son tour le répertoire paternel, il connaît la fierté de voir sa
passion se perpétuer sous ses yeux, les deux artistes chantant parfois en duo
sur scène. Il s'éteint le 8 octobre 2021 à Blida, dans la maison de sa ville
natale, à l'âge de quatre-vingt-sept ans.