POPULATION- EMIGRATION- OQTF/FRANCE.ALGERIE
2025
©El Watan/M-F. Gaidi, dimanche 31 mai 2026
Quelques jours seulement après la réactivation des
canaux de communication et de coopération sécuritaire et judiciaire entre Alger
et Paris, le dossier des Obligations de quitter le territoire français (OQTF)
revient sur le-devant de la scène.
Plus qu’une simple question administrative, ce dossier
s’impose désormais comme le crash-test de la crédibilité et de l’honnêteté des
autorités françaises. Une analyse comparative et objective des données
maghrébines met en lumière un traitement malveillant et ciblé de la part de
Paris, qui a transformé la gestion des flux migratoires algériens en un outil
de chantage et d’asphyxie politique, contrastant radicalement avec la
complaisance affichée envers le Maroc.Une lecture
attentive des indicateurs de terrain démontre que l’approche française est
lourdement politisée. Sur les 140 000 OQTF prononcées en France en 2024, 47
535 visaient des ressortissants maghrébins, soit 34% du total. Cependant,
cette proportion globale masque une volonté délibérée de sur-cibler l’Algérie,
révélant une fracture profonde dans le traitement réservé par Paris à ses
voisins du Maghreb.
Les chiffres révèlent un acharnement disproportionné
contre la communauté algérienne. L’Algérie représente, à elle seule, 44% des
OQTF prononcées contre les Maghrébins. C’est près du double du Maroc et plus de
deux fois plus que la Tunisie. A titre d’exemple, lors d’un pic de tension, pas
moins de 58 700 OQTF ont été prononcées contre des Algériens, contre seulement
29 000 pour le Maroc et 26 000 pour la Tunisie.Les Algériens sont ainsi
systématiquement propulsés au premier rang des nationalités visées par ces
mesures d’éloignement. Toutefois, ce décalage de traitement n’a pas bénéficié
d’un tel matraquage médiatique intensif à Paris qu’avec l’arrivée de Bruno
Retailleau au ministère de l’Intérieur.Selon les
observateurs, la question des OQTF est devenue un véritable fonds de commerce
et une arme de surenchère pour certains cercles influents de l’administration
française et des courants hostiles à Alger, désireux de flatter l’électorat de
l’extrême droite.Face à la rhétorique agressive de
Paris accusant Alger de passivité, la réalité administrative française
s’effondre face à ses propres contradictions.Le
taux d’exécution global des OQTF reste, structurellement, bas pour l’ensemble
du Maghreb, tournant historiquement autour de 7%. Sur 760 000 OQTF prononcées
toutes nationalités confondues entre 2019 et 2024, l’efficacité des expulsions
est restée extrêmement limitée partout, prouvant que le problème est avant tout
interne à la machine administrative française.En
2024, sur 140 000 OQTF mondiales, seuls 20 000 retours forcés ont été
effectués, soit à peine 14,3%. Pourtant, Paris s’obstine à focaliser sa colère
sur l’Algérie tout en célébrant la coopération marocaine. En 2024, les
expulsions effectives d’Algériens ont pourtant augmenté de 17,1% pour atteindre
3000 personnes. Le cœur du mensonge français réside dans la gestion des
laissez-passer consulaires. Selon les chiffres rapportés par El Khabar, sur 179 laissez-passer délivrés par les autorités
algériennes pour faciliter les reconduites, les services français compétents
n’en ont exploité que 90.Ce
fossé de moitié prouve que le blocage ne vient pas d’Alger, mais des
défaillances logistiques et de l’incurie administrative française. Paris exige
des résultats à grand renfort de déclarations médiatiques, mais s’avère
incapable d’exécuter les décisions lorsque l’Algérie lui en donne les moyens
légaux. La divergence des trajectoires diplomatiques éclaire parfaitement la
malveillance de Paris.
Le dossier des OQTF est directement indexé par la
France sur ses intérêts géopolitiques, basculant dans des mesures de rétorsion
dès lors qu’un Etat refuse de s’aligner. La crise a atteint son paroxysme
lorsque la France a bafoué le droit international en reconnaissant la prétendue
souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental. Face à cet affront, Alger a
légitimement réagi avec fermeté en suspendant les laissez-passer consulaires et
en rappelant son ambassadeur.L’Algérie,
jalouse de sa souveraineté, a refusé de céder aux politiques de coercition de
la France, qui avait unilatéralement restreint la délivrance de visas pour
faire pression sur les pays du Maghreb. Alger a maintenu sa résistance
diplomatique face au chantage. Le dialogue n’a repris qu’en 2026 sous des
conditions strictes de respect mutuel.Les discussions
sécuritaires et judiciaires, menées notamment sous l’égide de Laurent Nuñez,
ministre français de l’Intérieur, ont permis un déblocage partiel, permettant
le renvoi de 150 personnes entre janvier et mai, ramenant le taux d’exécution
algérien à la moyenne régionale de 7%.A la logique d’exclusion, de chantage
politique et de traitement punitif privilégiée par Paris, l’Algérie oppose une
politique méthodique, souveraine et profondément humaine envers ses enfants.
L’appel solennel lancé en janvier 2026 par le président Abdelmadjid Tebboune,
invitant les expatriés et les Algériens en situation irrégulière ou précaire à
revenir volontairement au pays, a provoqué un immense écho.Ce plan de retour volontaire a déjà enregistré
le retour de plus de 320 personnes en l’espace de seulement cinq mois. Ces
citoyens ont choisi de répondre à l’appel des autorités publiques pour se
réintégrer dignement dans le tissu national, encadrés avec sérieux par
l’ensemble des représentations consulaires et de l’appareil diplomatique
algérien.
Lors du Conseil des ministres instituant cette
démarche, le président Tebboune a rappelé une vérité essentielle : une grande
partie de ces jeunes en détresse à l’étranger a été délibérément poussée à
l’erreur et instrumentalisée par des réseaux criminels transfrontaliers et des
officines malveillantes cherchant à ternir l’image de l’Algérie. Le chef de
l’Etat a précisé que la majorité de ces situations ne concernait pas des crimes
graves, mais des délits mineurs ou une mauvaise compréhension des règles
d’ordre public dans les pays d’accueil.Dénonçant
l’exploitation politique des chiffres de l’immigration clandestine (la harga) par des cercles étrangers, le président Tebboune a
déploré la précarité extrême dans laquelle ces jeunes se retrouvent en France,
piégés entre la pauvreté et l’exploitation dans des travaux pénibles ou
indignes. Pour y remédier, le Conseil des ministres a acté une régularisation
juridique de leur situation dès leur retour, sous condition de non-récidive.
Cette politique de confiance et de réhabilitation,
toujours en cours, démontre qu’Alger sait protéger les siens, pendant que Paris
continue d’utiliser ses outils administratifs comme des armes de bas étage pour
masquer ses propres failles.