Nom d'utilisateur:
Mot de passe:

Se souvenir de moi

S'inscrire
Recherche:

Etude Malek Kerdel - "Atlas des Qoubbas des maîtres du sens du Sud algérien

Date de création: 08-05-2026 18:18
Dernière mise à jour: 08-05-2026 18:18
Lu: 201 fois


CULTURE- BIBLIOTHÈQUE D’ALMANACH- ÉTUDE MALEK KERDEL- « ATLAS DES QOUBBAS DES MAÎTRES DU SENS DU SUD ALGÉRIEN »

© Amnay Idir/El Watan, 5 mai 2026

Les qoubbas transcendent leur fonction architecturale et leur dimension religieuse pour devenir un élément central de l’anthropologie sociale, et territoriale des tribus. Elle matérialise la relation entre le sacré et le profane et de l’unité de la tribu. Comme elle renforce la cohésion sociale à travers des rituels partagés. C’est ce que tente d’expliquer Malek Kerdel à travers son ouvrage.

Après avoir vécu et voyagé des années durant au Sahara, Malek Kerdela a publié aux éditions Casbah récemment un ouvrage hagiographique sur la spiritualité dans cette région du pays intitulé Atlas des qoubbas des maîtres du sens du sud algérien. Tome 1 : Les mont de Ouled Naïl et ses abords (1). Ouvrage qu’il a présenté samedi dernier à la Fondation Asselah à Alger-Centre. Une vente-dédicace a été organisée à l’issue de cette rencontre. Le livre évoque la vie des maîtres soufis algériens, des figures religieuses et des personnages vénérés, mettant en lumière leurs vertus. A travers des récits détaillés, il plonge dans l’histoire des qoubbas (Mausolées) et de la spiritualité de l’islam populaire dans le Sud algérien, leur origine et impacts sur la société. Dans son intervention, l’auteur a rappelé que son ouvrage lui a été inspiré par des «rencontres et discussions fortuites» avec Père François de Villaret qui vivait à Djelfa (sud de l’Algérie) et l’ancien directeur du musée de Laghouat Mohammed Hadj Kaddour, qui est architecte de formation, ainsi que son père. «J’ai entrepris mon voyage initiatique pour connaître le monde des qoubbas, des zaouias et tout ce qui a trait au soufisme et au monde spirituel populaire en 2015. Aux mots, chérifs, saints, cheikhs, marabouts, soufis, wali essaleh, il préfère substituer l’expression «maîtres du sens», référents de la communauté (tribus, confréries, zaouia, entre autres). «L’expression m’a été suggérée par l’anthropologue Ahmed Ben Naoum», explique-t-il. Rien que pour le premier tome relatif à la confédération tribale de Ouled Naïl dont la capitale est Djelfa, il a recensé 185 maîtres de sens, pris 360 photos et élaboré 28 cartes. «Je me suis intéressé essentiellement aux côtés anthropologique, sociétal et cultuel de ces lieux et des maîtres qui y sont enterrés», soutient-il. Outre Djelfa, cette confédération s’étend sur une vaste zone incluant Boussaâda, M’Sila, Biskra, Laghouat et El Oued.

Les qoubbas de Ouled Naïl sont caractérisées par leur simplicité architecturale et leur intégration harmonieuse dans le paysage saharien : elles sont de forme cubique surmontée d’une coupole (dôme). «Le cube interprète le monde terrestre et la coupole le monde céleste», observe l’auteur. Elles sont construites avec la pierre et la terre crue locaux, la chaux, matériaux isolant de la chaleur et le froid, lesquels leur confèrent en parallèle des tons chromatiques qui se fondent dans le paysage saharien distingué par des couleurs ocre, blanche et beige notamment. Leurs silhouettes blanches se détachent de l’environnement ocre qui les entoure. Sans revêtements de faïence complexes, elles sont marquées par la pureté des lignes géométriques et la texture des matériaux. D’où leur sobriété fonctionnelle répondant aux contraintes climatiques arides et leur rôle spirituel. Les koubbas sont intimement liées à la figure de l’ancêtre ou maître des sens qu’elles transforment en figure spirituelles.
Elles traduisent l’articulation physique de la parenté et de la spiritualité et transforment le territoire physique en territoire sacré, garantissant la cohésion d’une tribu à travers la mémoire de l’ancêtre ou du saint et la légitimité de la possession du territoire où elles sont construites : elles délimitent le territoire des différentes fractions de la tribu et constituent des points de repère géographiques et spirituels qui renforcent l’appartenance à la communauté. En tant que tombeaux des «Maîtres du sens», elles perpétuent la mémoire collective. Dédiées aux saints soufis et ancêtres de la confédération, lieux de recueillement et de pèlerinage, elles constituent souvent le centre de rassemblements communautaires et le cœur spirituel de la tribu ; des espaces de mémoire et de sociabilité où le nomade rencontre le ksourien et le rural le citadin. C’est aussi des lieux de visite (ziara) pour les nomades et semi-nomades en transhumance, offrant un espace de prière, de recueillement, de réconciliation et de demande de faveur divine. Avec les zones avoisinantes (zaouïas) elles sont des lieux de rencontre, d’hospitalité et de partage. Elles agissent comme un régulateur des rapports humains, un conservateur de l’identité tribale et un espace de spiritualité partagée.

– (1)- Malek Kerdel : «Atlas des qoubbas des maîtres du sens du sud algérien. Tome 1 : Les mont de Ouled Naïl et ses abords». Editions Casbah. Alger 2026.