CULTURE- BIBLIOTHÈQUE
D’ALMANACH- ÉTUDE MALEK KERDEL- « ATLAS DES QOUBBAS DES MAÎTRES DU SENS DU
SUD ALGÉRIEN »
© Amnay Idir/El Watan,
5 mai 2026
Les qoubbas
transcendent leur fonction architecturale et leur dimension religieuse pour
devenir un élément central de l’anthropologie sociale, et territoriale des
tribus. Elle matérialise la relation entre le sacré et le profane et de l’unité
de la tribu. Comme elle renforce la cohésion sociale à travers des rituels
partagés. C’est ce que tente d’expliquer Malek Kerdel
à travers son ouvrage.
Après avoir vécu et voyagé des années durant au
Sahara, Malek Kerdela a publié aux éditions Casbah
récemment un ouvrage hagiographique sur la spiritualité dans cette région du
pays intitulé Atlas des qoubbas des maîtres du
sens du sud algérien. Tome 1 : Les mont de Ouled
Naïl et ses abords (1). Ouvrage qu’il a présenté samedi
dernier à la Fondation Asselah à Alger-Centre. Une
vente-dédicace a été organisée à l’issue de cette rencontre. Le livre évoque la
vie des maîtres soufis algériens, des figures religieuses et des personnages
vénérés, mettant en lumière leurs vertus. A travers des récits détaillés, il
plonge dans l’histoire des qoubbas (Mausolées) et de
la spiritualité de l’islam populaire dans le Sud algérien, leur origine et
impacts sur la société. Dans son intervention, l’auteur a rappelé que son
ouvrage lui a été inspiré par des «rencontres et
discussions fortuites» avec Père François de Villaret qui vivait à Djelfa (sud
de l’Algérie) et l’ancien directeur du musée de Laghouat Mohammed Hadj Kaddour, qui est architecte de formation, ainsi que son
père. «J’ai entrepris mon voyage initiatique pour
connaître le monde des qoubbas, des zaouias et tout
ce qui a trait au soufisme et au monde spirituel populaire en 2015. Aux mots,
chérifs, saints, cheikhs, marabouts, soufis, wali essaleh,
il préfère substituer l’expression «maîtres du sens»,
référents de la communauté (tribus, confréries, zaouia, entre autres). «L’expression m’a été suggérée par l’anthropologue Ahmed Ben
Naoum», explique-t-il. Rien que pour le premier tome
relatif à la confédération tribale de Ouled Naïl dont la capitale est Djelfa, il a recensé 185 maîtres
de sens, pris 360 photos et élaboré 28 cartes. «Je me
suis intéressé essentiellement aux côtés anthropologique, sociétal et cultuel
de ces lieux et des maîtres qui y sont enterrés», soutient-il. Outre Djelfa,
cette confédération s’étend sur une vaste zone incluant Boussaâda, M’Sila,
Biskra, Laghouat et El Oued.
Les qoubbas de Ouled Naïl sont caractérisées par
leur simplicité architecturale et leur intégration harmonieuse dans le paysage
saharien : elles sont de forme cubique surmontée d’une coupole (dôme). «Le cube interprète le monde terrestre et la coupole le
monde céleste», observe l’auteur. Elles sont construites avec la pierre et la
terre crue locaux, la chaux, matériaux isolant de la chaleur et le froid,
lesquels leur confèrent en parallèle des tons chromatiques qui se fondent dans
le paysage saharien distingué par des couleurs ocre, blanche et beige
notamment. Leurs silhouettes blanches se détachent de l’environnement ocre qui
les entoure. Sans revêtements de faïence complexes, elles sont marquées par la
pureté des lignes géométriques et la texture des matériaux. D’où leur sobriété
fonctionnelle répondant aux contraintes climatiques arides et leur rôle
spirituel. Les koubbas sont intimement liées à la figure de l’ancêtre ou maître
des sens qu’elles transforment en figure spirituelles.
Elles traduisent l’articulation physique de la parenté et de la spiritualité et
transforment le territoire physique en territoire sacré, garantissant la
cohésion d’une tribu à travers la mémoire de l’ancêtre ou du saint et la
légitimité de la possession du territoire où elles sont construites :
elles délimitent le territoire des différentes fractions de la tribu et
constituent des points de repère géographiques et spirituels qui renforcent
l’appartenance à la communauté. En tant que tombeaux des
«Maîtres du sens», elles perpétuent la mémoire collective. Dédiées aux
saints soufis et ancêtres de la confédération, lieux de recueillement et de
pèlerinage, elles constituent souvent le centre de rassemblements
communautaires et le cœur spirituel de la tribu ; des espaces de mémoire
et de sociabilité où le nomade rencontre le ksourien
et le rural le citadin. C’est aussi des lieux de visite (ziara)
pour les nomades et semi-nomades en transhumance, offrant un espace de prière,
de recueillement, de réconciliation et de demande de faveur divine. Avec les
zones avoisinantes (zaouïas) elles sont des lieux de rencontre, d’hospitalité
et de partage. Elles agissent comme un régulateur des rapports humains, un
conservateur de l’identité tribale et un espace de spiritualité partagée.
– (1)- Malek Kerdel :
«Atlas des qoubbas des maîtres du sens du sud
algérien. Tome 1 : Les mont de Ouled Naïl et ses abords». Editions
Casbah. Alger 2026.