CULTURE- BIBLIOTHEQUE
D’ALMANACH- ESSAI WACINY LAREDJ- « REMITI, DE
BRAISES ET DE FEU »
© El Watan, CHahredine Beriah, mardi 28 avril
2026/ Editions Dar El Adab. Beyrouth. 2026
Le répertoire de Cheikha
Remitti comprend une quarantaine de chansons et
toutes racontent ses déboires, ses souffrances et l’injustice qu’elle a subie
depuis sa tendre enfance.
Dans ce roman, je n’ai rien dit de nouveau sur
Saadia Bedief, alias cheikha
Remitti (8 mai 1923 à Tessala-15 mai 2006 à Paris),
si ce n’est la douleur lancinante qu’elle a endurée et son cri silencieux qui
m’est parvenu après toutes ces années. Le cri de nos mères, de nos filles, de
nos sœurs, de nos épouses et de nos bien-aimées»,
avertit l’auteur qui souhaite que son œuvre soit silencieuse parce qu’il
connait trop bien le bruit que de tels écrits peuvent engendrer. Une dame de la
chanson raï que beaucoup adulent en public, mais qui, en même temps, ne se
gênent pas de la critiquer en privé. Les paradoxes d’une société ballottée
entre désirs et interdits. Une hypocrisie sociale généralisée qui rend les gens
si fourbes ?», s’interroge Waciny qui ne craint
pas de briser les tabous. Dans ses mélodies, Remitti
ne cherche pas ses mots, elle ne les édulcore pas. Son langage est cru, mais
pas trivial. Il berce les cœurs, mais dérange les consciences. Un personnage
controversé qu’il faut disséquer pour la comprendre, fouiller dans son enfance
où elle a été violentée, violée par un de ses proches, rejetée par sa famille,
bannie, condamnée par la société et jetée à la vindicte populaire. Elle avait
choisi la chanson pour se défendre, ou plutôt guérir, parce que personne ne lui
avait offert une thérapie. Elle avait un caractère dur, dit-on, mais ce n’était
que la dureté de ses douleurs enfouies, ses blessures incurables. Son
répertoire comprend une quarantaine de chansons et toutes racontent ses
déboires, ses souffrances, l’injustice qu’elle a subie depuis sa tendre
enfance. Résiliente, résistante, elle chantait l’amour, aussi, et c’est
peut-être cela qui l’avait sauvée de la folie, d’une mort volontaire… Laredj a cet audace, cette
honnêteté intellectuelle pour la comprendre, de la défendre, de plaider sa
cause dans un procès qui n’en finit pas même après sa mort. Vingt ans après sa
disparition, quasiment dans l’anonymat, on continue de s’enivrer sur ses
chansons… tout en la dénigrant. Allô, appelle-moi au téléphone est l’un de ses
tubes à succès, avec tant d’autres. Avec «Remitti,
de braises et de feu», l’écrivain Waciny Laredj l’a bien entendue, et il lui répond, en lui rendant
ce vibrant hommage. A lire !