ENERGIE- HYDROCARBURES- GAZ DE
SCHISTE , MONDE 2026
Le bassin permien qui a régné sans rival pendant vingt
ans sur la production américaine de gaz de schiste montre ses premiers signes
d’épuisement. Wood
Mackenzie (WoodMac), cabinet de
conseil spécialisé dans l’énergie, le dit sans détour dans son étude intitulée «
Le retour de l’industrie en amont à l’exploration mondiale du schiste » (avril
2026) . Plus aucun gisement majeur de l’ampleur
du Permien ne viendra renouveler la croissance américaine à court terme. Les
majors comme ExxonMobil et Chevron doivent donc chercher
ailleurs. Leur carte au trésor pointe vers six pays prioritaires.
L’Algérie en fait partie.Les
chiffres parlent d’eux-mêmes. Entre 2012 et 2025, huit compagnies (ExxonMobil,
Chevron, Shell, BP, ConocoPhillips, Marathon, EOG et
APA) ont englouti 230 milliards de dollars pour acquérir et développer leurs
positions dans le bassin permien. Les coûts ont baissé. Les rendements ont
explosé. Mais le réservoir de nouvelles opportunités à court cycle s’est vidé.
Autrement dit, il n’y a plus de nouveaux terrains vierges faciles à exploiter.WoodMac a dressé une
short-list. Seules six régions du monde présentent à
la fois un potentiel géologique sérieux et des conditions commerciales viables
pour le schiste. Les voici : 1/Émirats arabes unis.2/Algérie.3/Mexique.4/Australie.5/
Turquie.6/ Indonésie
L’Algérie se distingue par un atout de taille. Il
s’agit de sa proximité avec l’Europe. « Le pays recèle un potentiel
exceptionnel et l’enjeu commercial réside dans les exportations par
pipeline qui diversifient l’approvisionnement en gaz de l’Europe »,
souligne le cabinet. Le gaz algérien n’a pas besoin de traverser les zones
maritimes sensibles du Golfe ou de la mer Rouge. Il file directement vers
l’Italie, l’Espagne ou la France.La première vague
d’exploration du schiste hors de l’Amérique du Nord n’a pas tenu ses promesses.
À l’époque, les compagnies avaient étudié plus d’une centaine de gisements
à travers le monde. Une dispersion trop large, sans stratégie resserrée,
qui a fini par freiner les résultats.D’après
Wood Mackenzie, l’approche a changé depuis. Les acteurs de l’industrie se
concentrent désormais sur une vingtaine de zones jugées prioritaires,
avec une sélection plus stricte des pays considérés comme viables.Le cabinet estime que
« le transfert du savoir-faire nord-américain en matière de schiste à
l’étranger pourrait transformer certains marchés pétroliers et gaziers ».
Dans ce schéma, l’Algérie dispose de réserves significatives, mais l’exploitation
des hydrocarbures non conventionnels nécessite des technologies
spécifiques, notamment le forage horizontal et la fracturation multi-étages.
Des techniques largement maîtrisées par les opérateurs américains, qui dominent
aujourd’hui ce segment de l’industrie.Sur
le terrain, les rythmes diffèrent selon les partenaires. Sonatrach
mène des discussions avec ExxonMobil depuis 2024. Chevron figure également
parmi les candidats. À ce jour, aucun accord n’a encore été finalisé.D’autres acteurs avancent plus vite. L’été
dernier, Sinopec a signé un accord avec Sonatrach
pour évaluer le potentiel du bassin de Berkine dans
le domaine des hydrocarbures non conventionnels.British Petroleum,
de retour sur le marché algérien après plusieurs années d’absence, pourrait
également s’inscrire dans cette même dynamique.WoodMac
ne se contente pas de pointer du doigt les gisements prometteurs. Le cabinet
énonce aussi les conditions de la réussite. « Lorsque les gouvernements
hôtes aligneront le développement des énergies non conventionnelles sur la
sécurité énergétique nationale et mettront en place des procédures
réglementaires rapides, les investissements et l’expertise suivront »,
affirme Robert Clarke, vice-président de la recherche amont.L’Argentine et l’Arabie saoudite ont montré la
voie. Leurs projets Vaca Muerta
et Jafurah produiront plus de 2,5 millions de
barils équivalent pétrole par jour dans la prochaine décennie, pour 250
milliards de dollars d’investissements. La preuve que le schiste hors US peut
fonctionner à grande échelle.Enfin,
le Permien ne fournira plus aux majors américaines la croissance facile des
vingt dernières années. WoodMac le dit
clairement, l’avenir du schiste se joue ailleurs, dans six pays
prioritaires, dont l’Algérie.