CULTURE- PERSONNALITÉS -HENRI TESSIER (ARCHEVÊQUE D’ALGER)(Complément)
Henri Teissier , né le 21 juillet 1029 à Lyon, est issu d'une
famille installée à Philippeville en Algérie depuis 1849. Il grandit dans
diverses villes de France, où son père, officier, est affecté. Il fait ses
études chez les jésuites. La famille rejoint Alger en 1947. Il est ordonné
prêtre pour le diocèse d'Alger, le 24 mars 1955, après des études au séminaire
des Carmes à Paris. Il apprend l'arabe à l'Institut dominicain du Caire, où il
assiste à la montée des nationalismes arabes. Il est de retour à Alger en 1958.
Il fait partie de la vingtaine de prêtres (dont le cardinal Duval) qui
obtiennent la nationalité algérienne en 1965. Mais l'Église catholique est
exsangue et ne représente plus que 20 000 fidèles demeurés sur place, avec
quelques coopérants ou étudiants africains.
Le 30
novembre 1972 à 43 ans, il est nommé par le pape Paul VI évêque d'Oran. Il
reçoit la consécration épiscopale le 2 février 1973. En 1976, les écoles
catholiques sont nationalisées, la charia devient la référence du droit, et l'arabe
devient l'unique langue d'enseignement1. Le 20 décembre 1980, il est nommé
archevêque coadjuteur du cardinal Duval à Alger. En 1988, le cardinal Duval se
retire et Henri Teissier devient archevêque d'Alger.
Profondément
attaché à l'Algérie dont il obtient la nationalité, Mgr Teissier traverse avec
l'Église la terrible crise terroriste qu'a connue le pays dans les années 1990.
Dix-neuf religieux sont assassinés entre 1994 et 1996 dont Mgr Pierre Claverie,
évêque d'Oran, et les moines de Tibhirine. Malgré les
épreuves et les menaces, Henri Teissier est toujours resté en Algérie avec
comme unique ambition de découvrir et de susciter des frères. Il défend
constamment les autorités algériennes2, même pendant la guerre de 1993-2000 qui
fit plus de 200 000 morts. Il le fait pour ne pas exposer davantage les
chrétiens durement éprouvés.
En 2005,
lors d'une Conférence-débat sur les religions monothéistes avec Tahar Absi professeur à l'Université d'Alger intitulée "Paix
et tolérance", Mgr Teissier disait que le terme « salam
» (paix en arabe) constitue l'un des fondements du christianisme. « Jésus se
plaisait à enseigner à ses disciples qu'à chaque fois que le seuil d'une maison
était franchi, il fallait impérativement prononcer le mot paix » et que «
l'islam, le christianisme et le judaïsme sont certes trois religions
différentes qui ont toutefois une source et une finalité commune : le bonheur
de l'humanité.» Mgr Teissier a noté la nouvelle
position développée par l'Eglise « qui consiste à considérer les autres
religions sous l'angle de la recherche des éléments qui favorisent l'amour
entre les humains et qui renforcent chez eux le sentiment d'appartenir à une
même famille ». Il a aussi rappelé que « L'existence en Algérie d'une
communauté chrétienne est la preuve que nous vivons dans une atmosphère de
tolérance et que nous partageons les mêmes joies et les mêmes épreuves que les
autres peuples de la planète. »
Le 24
mai 2008, le Pape Benoît XVI accepte la démission de Mgr Henri Teissier. Il est
remplacé par le père Ghaleb Bader du Patriarcat latin
de Jérusalem.
Il est
décédé le premier décembre 2020 à Lyon. L'ancien archevêque d'Alger Henri Teissier sera inhumé, après
une cérémonie officielle d'hommages, ce 9 décembre dans l'intimité, dans la
Chapelle Sainte Monique de la Basilique Notre-Dame d'Afrique à Alger, à côté du
Cardinal Duval. Quelques dizaines de prêtres et de fidèles ont participé la
veille, dans la capitale algérienne, à la messe d'obsèques de Mgr Teissier,
témoin de la "décennie noire" dans le pays et "tisseur
de liens" entre chrétiens et musulmans. A noter que le cercueil de
Mgr Teissier, archevêque d'Alger de 1988 à 2008 était exposé mardi 8 décembre
au cœur de la basilique Notre-Dame d'Afrique, sous un drapeau algérien.
"Son
corps comme sa vie appartiennent à la terre et au peuple algérien", a
souligné Mgr Paul Desfarges, alors archevêque
d'Alger, saluant un "tisseur de liens, de fraternités" au
début de la cérémonie dont l'affluence est restée très limitée en raison de la
pandémie. "Il a été le Pasteur d'une église toute entière dédiée à
son peuple algérien", avait-il écrit peu après le décès de son
prédécesseur.