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France/ Racisme et Esclavage

Date de création: 17-04-2026 19:42
Dernière mise à jour: 17-04-2026 19:42
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SOCIETE- ETRANGER- FRANCE/RACISME ET ESCLAVAGE

©https://www.radiofrance.fr/franceculture, 16 avril 2026

En 1794, sous  la Première République, la Convention abolit l’esclavage dans les colonies françaises. Pourtant, les discriminations envers les personnes racisées continuent tout au long de l’histoire de la République. Comment expliquer cette contradiction avec les valeurs d’égalité et de fraternité ?En août 1793, le commissaire Léger-Félicité Sonthonax abolit l’esclavage en Haïti, dans le contexte de la révolution des esclaves de Saint-Domingue. En septembre 1793 est élu le premier député français noir issu de l’esclavage, Jean-Baptiste Belley, représentant de la colonie de Saint-Domingue à la Convention nationale. Dans la foulée de cette abolition partielle de l’esclavage, décidée par Sonthonax sans avoir préalablement obtenu l’aval de la Convention, celle-ci adopte un décret d'abolition de l'esclavage dans toutes les colonies françaises.Cependant, dès 1802, Napoléon rétablit l’esclavage, tandis que le processus de conquête coloniale en Algérie est lancé en 1830. En 1848, la Deuxième République, sous l'impulsion du député Victor Schœlcher, abolit l’esclavage dans les colonies françaises, pour la deuxième fois. La République, qui proclame également le suffrage universel masculin, dote enfin les personnes non blanches de droits civiques, à condition qu’elles soient des hommes de plus de 25 ans. Les anciens esclaves accèdent ainsi à la citoyenneté. Les personnes libres non blanches avaient déjà des droits sous la monarchie de Juillet. En 1848, de nouveaux députés noirs rejoignent les bancs de l’Assemblée, dont certains sont des esclaves qui viennent d'être affranchis, comme Louisy Mathieu.Sous la Troisième République, les enjeux raciaux ne sont plus liés à l’esclavage et à son abolition, mais se reconfigurent dans le contexte colonial. La France poursuit et étend son entreprise de colonisation en Afrique (Afrique occidentale française, Afrique équatoriale française, Algérie, protectorat sur la Tunisie et le Maroc) et en Asie (Indochine française). La supposée “mission civilisatrice” de la France, claironnée par Jules Ferry, s’appuie sur une vision profondément raciste de l’humanité, qui serait divisée en races supérieures et en races inférieures. Dans cette perspective, les races supérieures, auxquelles les Français sont supposés appartenir, ont pour mission d’éduquer et d’exploiter les races inférieures, qui sont justement celles des colonisés, notamment à travers une institution scolaire largement traversée de stéréotypes racistes.La presse se fait l'écho de cette rhétorique différentialiste et de l'argument de "mission civilisatrice". Le 19 novembre 1911, la une du Petit Journal. Supplément du dimanche est par exmple illustrée par une allégorie de la "mission civilisatrice".Le discours de scientifiques raciologues, comme Paul Bert ou Paul Broca, vient nourrir et justifier l’entreprise coloniale et s’insinuer dans la vie politique républicaine. Il n’est donc pas question d’accorder des droits civiques aux populations colonisées non blanches, même quand elles vivent en Algérie, qui est pourtant rattachée de plein droit au territoire français. Le régime discriminatoire de l’indigénat, mis en place en 1881, s’appuie sur une idéologie raciste, et permet de ne pas accorder de droits civiques aux personnes non blanches, présentées comme radicalement autres et inassimilables. En pratique, les “indigènes” sont français mais n’ont pas la citoyenneté française. En 1870, les décrets Crémieux réparent cette injustice pour les juifs d’Algérie, mais les populations arabes, berbères et musulmanes restent exclues des droits de citoyenneté.