SOCIETE- ETRANGER- FRANCE/RACISME ET
ESCLAVAGE
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16 avril 2026
En 1794, sous la Première
République, la Convention abolit l’esclavage dans les colonies françaises.
Pourtant, les discriminations envers les personnes racisées continuent tout au
long de l’histoire de la République. Comment expliquer cette contradiction avec
les valeurs d’égalité et de fraternité ?En août
1793, le commissaire Léger-Félicité Sonthonax abolit
l’esclavage en Haïti, dans le contexte de la révolution des esclaves de
Saint-Domingue. En septembre 1793 est élu le premier député français noir issu
de l’esclavage, Jean-Baptiste Belley, représentant de la colonie de
Saint-Domingue à la Convention nationale. Dans la foulée de cette abolition
partielle de l’esclavage, décidée par Sonthonax sans
avoir préalablement obtenu l’aval de la Convention, celle-ci adopte un décret
d'abolition de l'esclavage dans toutes les colonies françaises.Cependant, dès 1802, Napoléon rétablit
l’esclavage, tandis que le processus de conquête coloniale en Algérie est lancé
en 1830. En 1848, la Deuxième République, sous l'impulsion du député Victor
Schœlcher, abolit l’esclavage dans les colonies françaises, pour la deuxième fois.
La République, qui proclame également le suffrage universel masculin, dote
enfin les personnes non blanches de droits civiques, à condition qu’elles
soient des hommes de plus de 25 ans. Les anciens esclaves accèdent ainsi à la
citoyenneté. Les personnes libres non blanches avaient déjà des droits sous la
monarchie de Juillet. En 1848, de nouveaux députés noirs rejoignent les bancs
de l’Assemblée, dont certains sont des esclaves qui viennent d'être affranchis,
comme Louisy Mathieu.Sous
la Troisième République, les enjeux raciaux ne sont plus liés à l’esclavage et
à son abolition, mais se reconfigurent dans le contexte colonial. La France
poursuit et étend son entreprise de colonisation en Afrique (Afrique
occidentale française, Afrique équatoriale française, Algérie, protectorat sur
la Tunisie et le Maroc) et en Asie (Indochine française). La supposée “mission
civilisatrice” de la France, claironnée par Jules Ferry, s’appuie sur une
vision profondément raciste de l’humanité, qui serait divisée en races supérieures
et en races inférieures. Dans cette perspective, les races supérieures,
auxquelles les Français sont supposés appartenir, ont pour mission d’éduquer et
d’exploiter les races inférieures, qui sont justement celles des colonisés,
notamment à travers une institution scolaire largement traversée de stéréotypes
racistes.La presse se fait
l'écho de cette rhétorique différentialiste et de l'argument de "mission
civilisatrice". Le 19 novembre 1911, la une du Petit
Journal. Supplément du dimanche est
par exmple illustrée par une allégorie de la
"mission civilisatrice".Le
discours de scientifiques raciologues, comme Paul Bert ou Paul Broca, vient
nourrir et justifier l’entreprise coloniale et s’insinuer dans la vie politique
républicaine. Il n’est donc pas question d’accorder des droits civiques aux
populations colonisées non blanches, même quand elles vivent en Algérie, qui
est pourtant rattachée de plein droit au territoire français. Le régime
discriminatoire de l’indigénat, mis en place en 1881, s’appuie sur une
idéologie raciste, et permet de ne pas accorder de droits civiques aux
personnes non blanches, présentées comme radicalement autres et inassimilables.
En pratique, les “indigènes” sont français mais n’ont pas la citoyenneté
française. En 1870, les décrets Crémieux réparent cette injustice pour les
juifs d’Algérie, mais les populations arabes, berbères et musulmanes restent
exclues des droits de citoyenneté.