VIE POLITIQUE-PERSONNALITÉES- LIAMINE
ZEROUAL
©El Moudjahid, 30 mars 2026
De son ralliement, très jeune, au sein de
l’Armée nationale populaire, à sa dernière apparition publique, le 19 octobre
2023, lorsqu’il avait participé à une marche de solidarité en soutien à la
population de Ghaza, que de chemin parcouru par le
défunt Liamine Zeroual. Un homme qui a assurément marqué l’histoire de
l’Algérie de par son aura, ses prises de positions fermes et son intégrité
incontestée, couplées à un patriotisme de première heure, comme en témoigne son
engagement dans la guerre de Libération nationale alors qu’il n’avait pas
encore atteint 16 ans. Né le 3 juillet 1941, à Batna, Liamine Zeroual est âgé
de 21 ans quand l’Algérie arracha son indépendance. Il s’engagera, dès lors, au
sein de l’Armée nationale populaire et bénéficiera d’une formation militaire de
haut niveau, que ce soit en Égypte, en ex-URSS ou encore en France, avec à la
clé de nombreux diplômes décrochés dans des Écoles militaires (Moscou,
Paris,…), ce qui lui avait permis d’exercer différentes fonctions au sein de
l’ANP et de gravir les échelons, jusqu’à devenir ministre de la Défense
nationale, en 1993, après s’être élevé, en 1988, au rang de général et promu
commandant des Forces terrestres, une année plus tard. Mais avant d’atteindre
cette importante fonction, le moudjahid avait occupé plusieurs postes
militaires et dirigé des établissements de formation stratégique telles l'Ecole
d’application des armes de Batna (1974-1975) et l'Académie militaire de
Cherchell, à Tipasa, (1981-1982). Il avait également exercé les fonctions de
commandement au niveau des 6e , 3e et 5e Régions
militaires en étant désigné commandant des régions militaires de Sahara, à
Tamanrasset en 1982, de Béchar aux frontières marocaines, en 1984 et enfin de
Constantine, en 1987. Peu connu durant son parcours militaire, l’homme
préférant toujours la discrétion, loin des feux de la rampe, Zeroual sera
cependant contraint, début 1994, de composer avec un autre statut, celui d’une
personnalité publique. Après avoir fait valoir ses droits à la retraite, en
1989, et occupé brièvement le poste d’Ambassadeur de l’Algérie en Roumanie,
Liamine Zeroual s’est en effet, retiré complètement de la vie militaire et
politique, mais il sera appelé par la patrie pour occuper le poste de président
de l’Etat, à la suite de la conférence nationale, tenue le 30 janvier. Il
remplacera Ali Kafi, suite à la dissolution du Haut
comité d’Etat (HCE) et va ainsi assurer la période de transition. Le contexte
de l’époque était très difficile et le pays était en proie à un terrorisme
aveugle et barbare qui menaçait les fondements même de l’Etat algérien. En
quelques mois, le défunt président Zeroual a su gagner l’estime du peuple
algérien qui, rapidement, voyait en lui un homme intègre, droit, fidèle à ses
principes et profondément attaché à sa patrie, tant bien qu’il sera brillamment élu président de la République, un certain
16 novembre 1995, dans ce qui sera connu comme étant la première élection
présidentielle pluraliste de l’histoire de l’Algérie. Zeroual n’ira toutefois
pas au bout de son mandat et organise des élections anticipées, en 1999.
©Horizons,Nadia Kerraz, 30 mars 2026
D écédé
ce 28 mars 2026
à l’âge de 84 ans, cet ancien officier militaire, devenu chef de l’État en 1994
après avoir été désigné par le Haut Comité d’Etat (HCE), avant d’être élu
président de la République en 1995 à l’issue des premières élections
pluralistes du pays, a eu à assumer ses fonctions durant une étape charnière du
pays. Et pour cause. Lorsqu’il lui fut fait appel pour être à la tête de l’Etat
et assumer une responsabilité que nombre de personnalités avaient refusée à
cette période précise, l’Algérie traversait sa période la plus sombre depuis le
recouvrement de son indépendance en 1962. Un terrorisme d’une rare violence
sévissait à travers le pays, sur lequel, de surcroît, un embargo était imposé
par plusieurs capitales étrangères qui avaient suspendu leurs liaisons aériennes et refusé
de vendre les équipements militaires nécessaires pour mener la lutte contre
l’hydre terroriste. De même qu’il a dû
faire face à des difficultés financières puisque les caisses de l’Etat étaient
presque vides en raison de la chute drastique du prix du pétrole dont le baril
se vendait à moins de 11 dollars. Mais ces contraintes n’avaient pas altéré le
dévouement et l’abnégation de l’homme qui, mieux que quiconque, connaissait le
prix du sacrifice à payer pour que l’Algérie demeure debout et que la
République soit préservée. Ce sens du devoir qui l’a animé toute sa carrière
militaire et sa vie d’homme politique lui est, du reste, reconnu par tous ceux
qui ont eu à vivre la période durant laquelle il a présidé au destin du pays.
Sa large élection au scrutin présidentiel de 1995 témoigne de cette
reconnaissance qui lui été dévolue et que les Algériens ont continué à lui
manifester même une fois retourné dans sa ville natale
à Batna où il a mené un train de vie tranquille après avoir annoncé sa décision
d’écourter son mandat de cinq ans en 1998 et d’organiser une élection
présidentielle anticipée en 1999. L’histoire
retiendra aussi que lors de son mandat, Liamine Zeroual avait fait adopter la
limitation du nombre de mandats présidentiels à deux dans la Constitution de
1996. Verrou que son successeur avait levé, avant d’être rétabli par le
président Tebboune à la faveur de la révision constitutionnelle de 2020. Il
avait également doté l’Algérie d’un Parlement bicéphale avec une Assemblée et
un Conseil de la Nation et fit voter la loi sur la Rahma. Et si le défunt
Président a continué de bénéficier d’une grande aura auprès des Algériens c’est aussi parce
que personne n’a douté de son patriotisme.
Ainsi, durant son passage au palais d’El Mouradia,
il s’est distingué par la prise de positions souveraines. Refusant toute
ingérence dans les affaires internes du pays, il a, à titre d’exemple, décidé
d’annuler, en octobre 1995, une rencontre, prévue à New York, avec le défunt
président français Jacques Chirac. Un geste fort .Le
peuple rend hommage à son enfant qui visait à protester contre la position française sur la situation interne de
l’Algérie. Alger avait indiqué que cette annulation faisait suite à des déclarations
dans lesquelles Paris a porté «atteinte à la dignité
et à la souveraineté du peuple algérien». Les Algériens se souviennent aussi
qu’il avait refusé de se faire soigner en France. Partisan d’une armée de
professionnels, il avait commandé, au cours d’une longue carrière d’officier
d’active, trois régions militaires : Tamanrasset en 1982, Béchar, en 1984, et
Constantine en 1987. Il avait aussi dirigé deux grandes écoles : l’Ecole
d’application des armes de combat et l’Académie interarmes de Cherchel, creuset des officiers de l’armée algérienne.
Alors qu’il sera enterré aujourd’hui sur ses terres natales à Batna, les
Algériens garderont à jamais de lui l’image d’un militaire dévoué, et d’un
homme simple qui allait au café et discutait avec les habitants. «Il était un
exemple de droiture», témoignent ceux qui l’ont côtoyé. Un homme qui a fait de
l’Algérie, dont il suivait l’évolution, son sacerdoce, ne sortant qu’à de rares occasions de
la réserve dans laquelle il s’est muré depuis qu’il a quitté ses fonctions en
1999 pour présenter ses vœux. Comme ce fut le cas en septembre 2024 lorsqu’il adressa un message au président
Abdelmadjid Tebboune pour le féliciter pour sa réélection à un second mandat
présidentiel, saluant la confiance renouvelée du peuple algérien.