POPULATION -ETUDES ET
ANALYSES- EMIGRATION /ETUDE 2026,HOCINE LABDELAOUI
©Par Hocine Labdelaoui Professeur retraité, spécialiste des
migrations internationales . Horizons, dimanche 8 mars 2026. Extraits
Des sources officielles telles
qu’Eurostat, Frontex et les rapports d’organisations internationales comme l’OIM permettent
d’avoir une estimation globale des flux
et du stock de migrants algériens en situation irrégulière à l’étranger, les
chiffres publiés par les sources citées permettent de relever qu’entre 2009 et
2024, plus de 101 000 Algériens sont entrés illégalement dans l’UE, dont
environ la moitié (50 500) entre 2019 et 2024. Les routes principales
empruntées sont les routes maritimes : la Méditerranée occidentale (66 000
entrées), la Méditerranée centrale (plus de 12 500 entrées) et la Méditerranée
orientale (plus de 18 000 entrées) depuis 2017. Les statistiques de l’agence
Frontex révèlent que 98 392 ressortissants algériens ont été détectés à leur
entrée illégale en Europe entre 2016 et 2025. Ces derniers alimentent un stock
de sans-papiers estimé, entre 2019 et 2022, à 108 796 personnes. La majorité de
ceux qui ont été arrêtés fait l’objet de décisions d’expulsion à l’encontre de 135 872
ressortissants algériens. Parmi eux, 10 502 ont été expulsés en Algérie, dont 8 258 sous forme
d’expulsion forcée et 2 244 dans le cadre d’un retour volontaire. Le cas de la
France, pays de concentration de la majorité des migrants algériens en
situation irrégulière, illustre parfaitement l’ampleur de la précarité et de
l’irrégularité des jeunes Algériens à l’étranger. Les ressortissants algériens
constituent la nationalité la plus touchée par les décisions du gouvernement
français en matière de lutte contre l’immigration irrégulière. Avec 51.133
interpellations en 2025, soit une augmentation de 51,5% par rapport à 2024, ils
représentent la première nationalité dans le total d’interpellations
d’étrangers en situation irrégulière. Ils sont également les plus nombreux à
faire l’objet de mesures d’éloignement : 2.500 Algériens éloignés en 2025, soit
+37% par rapport à 2024 . Ils arrivent en tête des
étrangers placés en détention administrative dans l’Hexagone. Leur nombre est
estimé à 5.623 en 2023, soit 33,2% des étrangers placés en centres de
rétention, en nette augmentation par rapport à 2022 (3 744) et à 2021 (1 521).
En matière d’exécution des OQTF, les Algériens ont connu le plus grand nombre
de retours : 2.999 Algériens exclus en 2024 selon cette procédure, soit une
augmentation de plus de 17 % par rapport à 2023 (2 562). La part des retours
forcés dans le total des OQTF exécutées concernant les Algériens a augmenté
pour atteindre 72,9 %, tandis que la part des retours aidés s’établit à 12,9 % . Cette augmentation intervient au moment où l’on
enregistre une baisse de la délivrance des visas aux Algériens. En 2025,
250.085 visas, toutes catégories confondues, ont été délivrés aux
ressortissants algériens, contre 282.953 aux Marocains et 562.999 aux Chinois.
Les visas de long séjour ne représentent que 9,0% des visas délivrés
. Par ailleurs, l’obtention d’un visa ne garantit pas l’entrée sur le
territoire français. En 2023, 5.905 non-admissions ont été enregistrées à
l’encontre des Algériens [25]. L’obtention d’un titre de séjour ne garantit pas
non plus la régularisation. À la baisse des premiers titres de séjour, estimée
à 24.100 en 2024, soit une diminution de 9,1% par rapport à 2023 (32 003) , s’ajoute le non-renouvel lement de ces titres pour une partie importante
des Algériens.
Avec la promulgation de
l’appel aux jeunes Algériens en situation irrégulière à l’étranger, l’Algérie a
mis en chantier un référentiel de gestion des rapatriements de ses
ressortissants en situation irrégulière à l’étranger. Si l’application de la décision annoncée
dans cet appel est en cours, sa réussite nécessite néanmoins des correctifs,
des ajustements et des évaluations au niveau de quatre paramètres. Le premier
paramètre concerne les migrants eux-mêmes. Tout repose sur leur adhésion au
dispositif annoncé dans l’appel. Sur ce registre, il convient de reconnaître
que la connaissance de cette catégorie fait défaut. Les détails sur ses
configurations en termes de profil démographique et socioéconomique ne sont pas
suffisamment éclairés. Les projets de migration n’ont pas fait l’objet d’études
approfondies, pas plus que ceux d’intégration dans les sociétés de séjour. Le
deuxième paramètre porte sur la question de la réinsertion des jeunes Algériens
dans la société algérienne. C’est un chantier qu’il faut lancer comme un projet
de ré-migration pour certains, de retour circulaire pour d’autres et de retour
définitif pour une troisième catégorie. La réinsertion de ces catégories est
une problématique à intégrer dans l’application de l’appel. Faut-il prévoir des
mesures de réinsertion spécifiques pour chaque catégorie afin de les dissuader
de repartir, et, par ricochet, encourager de nouveaux retours et éviter des
futurs départs clandestins. Sur ce point précis, il nous semble nécessaire de
poser le retour de ces jeunes en termes d’inclusion sociale. Leur départ ne
doit pas être expliqué uniquement par la fuite d’un quotidien contraignant. Il
doit être appréhendé comme une quête d’un territoire identitaire qui ne
constitue pas une rupture avec la société algérienne. Au lieu de se limiter aux
causes de leur départ, il faut traiter la question des buts recherchés à
l’étranger et qui sont difficilement réalisables dans le pays de séjour. Le
troisième paramètre concerne l’actualisation du cadre législatif en vigueur
depuis 2008 ainsi que la renégociation des accords avec les États européens.
Enfin, le quatrième paramètre consiste à développer une diplomatie migratoire
capable d’intégrer la catégorie des jeunes Algériens comme un axe d’action
prioritaire.