POPULATION-
BIBLIOTHEQUE D’ALMANACH- ROMAN SALIHA SADEK- « LA
FUGUE DE L’ORANGER
La fugue de l’Oranger. Roman de Saliha Sadek. Un Autre Reg Art Edition, Albi (France) 2025, 272 pages,
1 600 dinars
« J’ai quitté , à vingt jours, une jeune pays
libre et une grande nation » .Un pays qu’elle ne reverra que bien plus
tard de manière épisodique ,mais qui continue à l’habiter, ne pouvant se
détacher du lien à un grand-père maternel, chahid,
assassiné en 1959.
Un père absent et ....violent, coureur de jupons désœuvré,et ignorant sa famille, donc pas de
« papa », mais heureusement une mère-courage (deux fois mariée de
force) qui a su faire face , malgré sa méconnaissance de la langue française et
son éducation assez traditionnelle, à toutes les difficultés pour élever
dignement ses enfants.
Heureusement , Saliha va trouver dans l'école
et dans ses rencontres avec Denise - sa vieille voisine avec qui elle se lie
d'amitié - et ses enseignants successifs, des piliers solides auxquels se
raccrocher et auprès desquels grandir. Avec ce roman d'autofiction, Saliha Sadek entraîne le lecteur sur les traces de toute une vie,
le tenant en haleine tout au long de ces pages dans lesquelles elle se raconte
enfant, adolescente puis adulte, dans un pays qui, n'étant pas le sien à
l'origine, va le devenir. Une leçon de vie et de courage, et un coup de
projecteur sur un pays d’accueil pas toujours
accueillant.
Saliha découvrira Albi en février 1973 lorsque sa famille s'installe en
France. Elle aime celle qui est devenue la ville de son enfance et de son
adolescence, l'autre "ville rose", aux côtés de Toulouse qu'elle rejoint
pour ses études universitaires. Durant ces années passées à Albi, elle
rencontre une maîtresse d'école, qui fera
"d'une enfant illettrée", une "lectrice émerveillée".
A l'âge de treize ans Saliha prend part à ses premières
manifestations pour s'opposer à la réforme Devaquet.
Elle sera "bouleversée" par la mort (devrai-je dire par
l'assassinat ?) à Paris de Malik Oussékine à
l'occasion de ces manifestations.
En février 1991, pour célébrer ses 18 ans, elle achète le livre
d'entretiens de l'avocat Jacques Vergès intitulé "Le salaud
lumineux". Un déclic se produit en elle, elle l'exprime ainsi :
"Juste, justice, les mots de mon destin à venir étaient tracés".
En 1992, elle valide sa première année de Droit et grâce
aux ménages effectués dans les HLM du quartier de son enfance,
elle peut financer son voyage de retour en Algérie auprès de sa
famille et des siens. C'est le moment où l'Algérie vit "les années noires
du G.I.A.". Elle se refuse à porter le voile et l'abaya.
Sa vie pourrait se résumer en un seul mot, la lutte.
Il est vrai que « née en colère », elle s'élève contre
toutes les injustices .À l'Université, puis dans les
prétoires qu'elle fréquente quotidiennement dans sa robe
d'avocate, aucune injustice ne la laisse indifférente.
L’Auteure :Née en Algérie
(Mohammadia)le 2 février 1973 et a grandi en France (Albi) où elle est arrivée
avec sa maman (rejoignant le père qui y vivait depuis 1971) à l’âge de vingt
jours.
Table des matières :A l’origine. Il faut
partir/ Albi n’est pas un hasard/.........26 morceaux de vie
.
Extraits : « On ne sait
jamais ce qui se passe dans les maisons lorsque les portes se ferment. En ce
lieu, supposé de sécurité et d’amour, nous découvrons, époque après époque,
scandale après scandale, qu’il peut être l’antichambre de l’enfer » (p
21), « Les années de lycée sont fondatrices.On y
apprend, plus que sèches connaissances, rien de moins qu’ à bien mener sa
vie » (p 81), « La philosophie m’a obligée à abandonner mes
certitudes et à apprendre à penser.Elle a ébranlé mon
monde intérieur, tout comme elle a bouleversé l’ordre antérieur du monde »
(p 85), « Le bon film ou le bon livre est celui qui nous transforme dans
notre for intérieur, celui qui nous bouleverse :celui qui nous met dans un
« drôle d’état » ( p 88), « Pos séder
un livre oblige à en découvrir et maîtriser
le contenu.L’emprunter
ne nous contraint en rien.Il faut, copmme au poker , « payer pour voir »
(p134), « L’amour est mon idée de Dieu.Il
fait froid dans les édifices bâtis à sa gloire, à l’image des périodes sans secours
de nos vies.il y fait froid,
mais la chaleur de la foi nous réchauffe » (p 203), « J’avais un
père, un géniteur, mais pas de papa » (p 250)
Avis :Roman ? Récit ?Tentatives d’essai ? De la prose
, de la philo’, de la psycho’....et un peu de politique.Un
récit non linéaire, haché mais riche en informations , en réflexions et,
pourquoi pas , en conseils.Une autofiction
thérapeutique. Tout cela accompagné de doses
d’humour subtilement et finement ciselées. Assez original comme écriture,
n’est-ce pas ? En tout cas se laisse lire, avec plaisir. Conseillé aux
adolescent(e)s en recherche de lumière et aux jeunes en début de carrière pour
comparer (ou tester) leurs capacités de résilience. Là-bas. Ici.Partout.
Citations : « La nation
n’est pas le fait de l’oppresseur, elle lui préexiste, elle plonge ses racines
dans une histoire commune.Il n’y a pas de petite
nation et pas de culture mineure, chacune est une tige de la gerbe de
l’Homme » (p 8), « Pour nous, la liberté c’était simple :
la sonnerie de la récré » (p55), « L’enfance se
vit dans l’instant, sans s’arrêter sur le bord du chemin à se demander si l’on
est heureux.C’est sans doute mieux
ainsi......L’enfance ne se sait enfance que lorsqu’elle est
souffrance » (p 57), « Un livre posé
sur une table change subtilement l'atmosphère d’un lieu, lui donnant une
âme » (p 71), « Il faut craindre la colère des enfants, nourrie des
exactions, des injustices et de l’arbitraire.La
tendresse des enfants se mérite, comme leurs châtiments » (p 73), « L’enfant qui
souffre est une bombe à retardement émotionnelle, dont on ne sait jamais à quel
moment , et où, elle va exploser » (p 84), « On peut croire
et raisonner ; on peut raisonner en gardant la foi.On
préserve ainsi notre libre arbitre, notre autocritique et notre capacité
d’interprétation » (p 87), « La victoire du délateur dure cinq
minutes ; celle de l’homme juste dure une éternité » (p 156),
« Une cour d’assises est un théâtre et un tribunal de droit commun, rien
de plus qu’un comptoir de bistrot » (p172), « Le sentiment
d’appartenir à une Nation ne peut naître, se développer et
S’enraciner dans le cœur et l’esprit, que si la République est juste
avec tous ses enfants » (p 188), « La foi, mouvement de l’être
vers Dieu, est source, puits d’eau fraîche.Plongée
de soi, en soi. Jaillissement qui parcourt le corps et éclate, triomphal
jusqu’au cœur et l’esprit » (p201), « Les contes populaires se
racontent depuis l’aube des temps.Ils
sont la résultante de l’oral et de l’écrit, et racontent la permanence de la
condition humanne » (p 227),