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Roman Assia Djebbar - "La disparition de la langue française"

Date de création: 24-06-2020 18:32
Dernière mise à jour: 24-06-2020 18:32
Lu: 53 fois


EDUCATION- BIBLIOTHEQUE D’ALMANACH- ROMAN ASSIA DJEBBAR- « LA DISPARITION DE LA LANGUE FRANÇAISE »

La disparition de la langue française. Roman de Assia Djebbar. Hibr Editions, Alger 2014,295  pages, 950 dinars

Après un long exil, 20 ans , pardi ! ….en France,  c’est le retour au pays. Une retraite anticipée, même pas la cinquantaine. Il a tout laissé abandonner . Un travail bien rémunéré, et même une belle et bonne amante, pourtant bien-aimée. C’est tout dire de la soif du pays . A partir de son refuge, sur la côte ouest, du côté de Douaouda, au-dessus d’une plage automnale désertée, sauf par les pêcheurs et les joueurs de dominos, c’est la (re-) découverte des lieux de l’enfance et de la jeunesse : Alger, le vieil Alger,  la Casbah, celle des humbles, des héros mythiques ou mythifiés, connus ou anonymes, la plupart oubliés malgré des plaques portant leurs noms…sans plus  ….Souvenirs, souvenirs !

Mais,  un retour raté. Car , c’est, aussi la re-découverte de l’autre face, pas cachée du tout,  du paysage : La Casbah, entre autres, « s’est présentée souillée »….et les « lieux de vie d’origine sont retrouvés dégradés, délabrés, avilis »…..« Un laisser-aller collectif, une citadelle où chacun n’est plus que chacun, et jamais le membre d’une communauté, d’un ensemble bruyant, mais vivant,cette ville-village, de montagne et de mer, devenue (pour Berkane, le héros) désert du fait de son état de dépérissement misérable ». Il y a , aussi, et surtout,…… la disparition de la langue française  , remplacée par une langue (sic !) qui n’est ni de l’arabe dit classique, ni de l’arabe dialectal tel qu’utilisé si bien auparavant  pour communiquer entre soi (même au lit, en couple)  et contre le colonisateur . Il y a, aussi, la montée de l’islamisme politique et l’arrivée , comme moyen d’action politique (re-sic !) , du terrorisme.

Heureusement qu’il y a l’amour. Mais que peut faire ce dernier face aux semeurs d’ignorance, de  désespoir et de mort ? Des solutions ! Accepter son sort ? La vie clandestine ? l’exil ?

L’Auteure : Cherchelloise, journaliste, écrivaine, cinéaste, dramaturge, membre de l’Académie française depuis juin 2005, couronnée de nombreux prix internationaux, traduite dans plus d’une vingtaine de langues ; elle, c’est Assia Djebar née Fatma-Zohra Imalayène.. Elle est décédée samedi 7 février 2015, à l’âge de 78 ans. Paix à son âme et gloire à son œuvre !

Avis :Un roman qui tient beaucoup de l’essai (La société  d’hier, celle de la lutte contre l’oppression coloniale , celle de la répression, celle des tortures et des camps…. et celle de Boudiaf, celle de l’islamisme qui monte, qui monte…) .A (re-) lire toujours avec plaisir…. Certes , pour apprécier l’histoire , mais surtout l’écriture. Le titre tel que présenté, lu au premier degré, peut prêter à équivoque. En fait, c’est l’Algérie qui « bascule » dans un « autre monde » ! Assez incompréhensible pour une si longue absence. Visionnaire, l’auteure ! Une écrivaine à l’immense talent auquel il faut ajouter une part de de  génie. Fierté de la nation. Monument de la littérature…..universelle. De plus, elle (l’auteure) est (était) belle…et pas prétentieuse pour un sou.

Il faut, aussi, lire son autre roman, « Ombre sultane » (Ouvrage déjà présenté dans « Mediatic », jeudi 27 novembre 2014) :  Hibr Editions (1ère édition : en 2006 , chez Albin Michel S.A, Paris), 231  pages, 850 dinars . Constantine 2014 : « Quelle écriture ! De la prose, de la poésie. Mais aussi un style qui n’appartient qu’à elle, avec ce balancement continuel entre l’espoir et le désespoir….de la femme algérienne)

Extraits : « A la campagne, les affinités les plus simples se devinent aisément(…..) : Les secrets , c’est une tout autre affaire » (p 52), « De nombreux mots arabes et berbères existent pour désigner un « consensus », un « conseil de représentants », un « diwan », je ne sais quoi encore. Mais , la laïcité ? Un vide , un non-concept, chez chacun de nous » (p 164), « La nécessité d’écrire est une poussée : lorsque l’être aimé s’en va et que vous ne pouvez plus l’oublier, vous vous mettez à écrire pour qu’il vous lise ! » (p 180), « Chez les Chaoui des Aurès, plus encore que chez les autres Berbères, le « courage », c’est, en quelque sorte , une sorte d’entêtement ! Ça sert à la guerre, c’est une qualité ! Mais, pour le reste de la vie ordinaire, ce n’est pas toujours drôle, l’entêtement, ça ne fait guère avancer son bonhomme ! »(p 220), « Si la terre n’est pas , en effet, « le noyau du monde », notre pays n’est, lui, qu’un couloir, qu’un tout petit passage entre l’Andalousie perdue et mythique et tout l’ailleurs possible » (p 290)