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Essai Gérard Haddad - "Psychanalyse du fanatique"

Date de création: 04-05-2026 19:12
Dernière mise à jour: 04-05-2026 19:12
Lu: 93 fois


SCIENCES- BIBLIOTHEQUE D’ALMANACH- ESSAI GÉRARD HADDAD- « PSYCHANALYSE DU FANATISME »

PSYCHANALYSE DU FANATISME. Essai de Gérard Haddad, Tafat éditions, Alger 2021, 191 pages , 650 dinars

Le fanatisme est une maladie. On le savait. Mais avec G.Haddad, élève de Lacan, la démonstration est claire , déterminée, lui-même ayant été touché, en raison de son engagement politique et idéologique.

 Le fanatisme ne découle pas que du fait religieux. Gérard Haddad rappelle à bon escient qu’il se décline de plusieurs manières. Il en distingue quatre types : le fanatisme religieux, le nationalisme, le racisme et l’idéologie totalitaire.

« Polymorphe, mu par des motifs différents, le fanatisme n’en reste pas moins un phénomène analysable en soi, dont les différentes manifestations conservent une communauté de structure. »

Pour lui, le fanatique a choisi son camp : il se saisit de « la main droite de Dieu » car il pense détenir la vérité absolue dont il portera le flambeau jusqu’à sa mort (sauf en cas de guérison). C’est une réalité historique. Depuis les croisades sanglantes  jusqu’au génocides contemporains, le fanatique porte en lui la haine et élimine volontiers de son chemin tous ceux qui ne pensent pas comme lui.
Et, opter pour la main gauche de Dieu, c’est accepter qu’on ne peut pas saisir LA vérité qui donne pour de bon un sens à l’existence

Le fanatique est en conséquence paranonïaque. Tout ce qui se dresse contre lui est l’effet d’un complot. Haddad cite le cas du nazisme et du communisme qui dénonçaient d’abord des   complots  pour dominer le monde . Mais, volontairement, hélas, il en a oublié d’autres, assez contemporains et qui sont en train , depuis peu , d'enflammer le monde dans leurs délires suprémacistes.

Qui dit complot dit explication rationnelle à une situation absurdeC’est toujours plus rassurant, ça dilue le hasard.. En plus d’être parano, le fanatique  est aussi dans le déni de toute autre explication.

Gérard Haddad reprend un argument lacanien selon lequel l’enfant qui n’a pas connu la loi ou qui ne l’a pas intégrée à l’aide de parents bienveillants et aimants, devient un adulte réfractaire à la loi (il la percevra comme tyrannique). Le fanatique millénariste peut être vu comme un adulte qui rêve d’un monde sans lois.

L’auteur, dans une logique complètement freudienne, admet que ce rejet de la loi est en vérité un complexe œdipien non résolu

Pour l’auteur, on ne devient pas fanatique en deux jours. Cela peut prendre des années, voire rester latent toute une vie. Gérard Haddad nous avertit seulement d’une chose : toute société qui connaît la misère, la corruption, l’humiliation et l’injustice s’expose à développer en son sein du fanatisme. Il convient de parler de conversion plutôt que de radicalisation car il s’agit « d’une transformation profonde de la subjectivité et du rapport au monde. »
Il est préférable de se l’expliquer ainsi plutôt que par la puissance du « lavage de cerveau » opéré par les soldats fanatiques. Si on se laisse prendre dans leurs filets, c’est que nous sommes a priori « vides », perdus, et surtout sans valeurs.

Lutter contre le fanatisme, selon Haddad, est plutôt une affaire de politique. Envisager de soigner ce mal par la psychanalyse est en effet quelque peu illusoire. Les sujets paraissent normaux, le plus souvent, c’est la triste banalité du mal. « Folie ou névrose grave, la conviction fanatique, puisque indépendante de la raison, présente une énorme résistance à tout traitement. »

 

L’Auteur : en 1940, d’abord ingénieur agronome , puis médecin psychiatre avant d’embrasser la carrière de psychanalyste et d ’essayiste. Travaux surtout axés sur la violence humaine.Auteur de nombreux livres

 

Table des matières :Livre premier :dans la main droite de Dieu/ Livre deuxième :le complexe de Caïn (Terrorisme, haine de l’autre et rivalité fraternelle)

Extraits « Le fanatisme, phénomène à l’origine des guerres, des génocides, des massacres et des persécutions en tout genre, s’incarnant aujourd’hui aussi bien dans l’islamisme djihadiste que dans la montée des nationalismes aux quatre coins du monde » (p 10), « Ressentir une certaine fierté pour le groupe humain dans lequel on est né , pour la culture dont on est héritier, est évidemment légitime. La contraire se nomme haine de soi » (p23), « Tout ce qui est différent apparaît comme insupportable au fanatique.L’étranger , supposé constituer une « cinquième colonne » , est toujours suspect.Porteur de trahisons à venir, il incarne aussi le blasphème » (p 71), « Dans une sorte de ritournelle, on ne cesse de répéter que les racines de notre civilisation sont judéo-chrétiennes.Cette expression est en elle-même douteuse puisque les juifs , jusqu’aux temps modernes, ont toujours été persécutés et chassés » (p 92)

Avis Un livre arrivé à point nommé pour comprendre les involutions contemporaines (et passées) de nos sociétés. Le contenu s’y applique parfaitement bien que l’auteur  n’ait pas insisté sur certaines régions et (ou) situations, tout particulièrement le fanatisme isräélo-judéo-sioniste.

Citations « Le fanatisme, d’essence totalitaire, est ce comportement d’adhésion totale à une croyance dont le triomphe prime toute autre considération » (p13), « Comme un cristal, la vérité a ses faces » (p19), «  Le fanatisme se présente souvent sous la banière de la rigueur et de la pureté du message originaire » (p 51), « Le fanatique ne vit pas dans notre temps, il vit dans ce temps des origines » (p 55), « La conversion fanatique est une sorte de mort subjective » (p 66), « La maladie du fanatisme est bien, fondamentalement, une maladie du narcissisme » (p 71),  « Le fanatisme est éminemment transitif » (p 88), « Le complotisme me semble congénital au fanatisme » (p 96), « On ne naît pas fanatique.....Le fanatisme naît de la conjonction d’un contexte économico-politique et d’histoires personnelles » (p 107), « Le saint est celui qui n’ignore pas l’existence de ce mal qui est en lui.Il l’a reconnu, il l’a affronté et il l’a sublimé » (p175), « L’acte terroriste aveugle, motivé par un idéologie fanatique, est l’agression la plus violente contre le lien social.Il est par essence un fratricide » (p 188)