COMMUNICATION-
CHRONIQUES- BATAILLE MEDIATIQUE EN France, 2026
© Amira Soltane, L’Expression, 22
octobre 2026
Les manifestations du 17 octobre en France n'ont pas
seulement provoqué une crise sociale et sécuritaire. Elles ont aussi ouvert une
polémique sur le traitement médiatique des évènements, mettant en cause les
choix éditoriaux de CNews et de BFM TV. Au coeur des critiques: la sélection
des invités, la répétition des scènes de violence et la diffusion
d'informations insuffisamment vérifiées.
Sur les chaînes d'information en continu, les débats ont parfois donné
l'impression que le commentaire prenait le pas sur l'enquête. Le choix des
intervenants est devenu un enjeu central: spécialistes
de la police, éditorialistes et commentateurs se sont succédé pour analyser les
images, tandis que la parole des manifestants et l'explication de leurs
revendications suscitaient des contestations.
Sur BFM TV, une séquence a particulièrement marqué les esprits. Invitée sur le
plateau, l'étudiante Lola Fleur Wittaker a vivement
interpellé les commentateurs, leur reprochant de commenter les évènements à
distance et de ne pas suffisamment évoquer les manifestants blessés. L'échange
avec le spécialiste police-justice Dominique Rizet a
illustré la fracture entre une lecture centrée sur les violences et une
approche insistant sur les conditions dans lesquelles la mobilisation se
déroulait.
Cette confrontation soulève une question essentielle: une chaîne d'information
peut-elle prétendre éclairer le public si les invités qui dominent le débat ne
représentent qu'une partie des réalités observées sur le terrain?
La polémique a pris une autre dimension avec la circulation d'une image censée
représenter un couple âgé dépouillé de ses vêtements lors des violences. Le 17
octobre, sur BFM TV, Dominique Rizet a évoqué des
informations reçues de sources policières concernant une agression de ce type.
Mais l'image devenue virale pour illustrer cette histoire a été identifiée
comme une création générée par intelligence artificielle. Les circonstances de
l'agression alléguée n'étaient pas établies par les vérifications publiées.
Le problème
est considérable
Il ne s'agit pas d'affirmer que toutes les images de violences étaient fausses.
De nombreux affrontements, pillages et dégâts ont été documentés. C'est
précisément parce que les faits étaient graves que leur traitement exigeait une
vérification rigoureuse.
CNews, dont les locaux ont été visés par des
individus cagoulés le matin du 17 octobre, s'est retrouvée elle-même au coeur de l'évènement. Cette attaque contre une rédaction
constitue une atteinte grave à la liberté de la presse. Elle ne dispense
cependant aucune chaîne de questionner ses propres choix éditoriaux.
Le risque, pour CNews comme pour BFM TV, est de
laisser les images les plus choquantes et les commentaires les plus polarisés
imposer une lecture unique de la journée. Les scènes de casse méritent d'être
montrées, tout comme les violences policières lorsqu'elles sont documentées.
Mais les unes ne doivent pas effacer les autres, et les images ne peuvent
remplacer le travail de contextualisation.
Le 17 octobre pose ainsi une question de crédibilité:
qui contrôle le récit lorsque les images circulent plus vite que leur
vérification et que les plateaux deviennent des arènes politiques?
La manipulation ne peut être imputée sans preuve à une chaîne dans son ensemble.
En revanche, diffuser une image trompeuse, relayer une information non
confirmée ou déséquilibrer le débat peut produire un effet de désinformation,
même sans intention démontrée.