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Bataiolle médiatique en France, 2026

Date de création: 23-10-2026 15:02
Dernière mise à jour: 23-10-2026 15:02
Lu: 1 fois


COMMUNICATION- CHRONIQUES- BATAILLE MEDIATIQUE EN France, 2026

 

©  Amira Soltane, L’Expression, 22 octobre 2026

 

Les manifestations du 17 octobre en France n'ont pas seulement provoqué une crise sociale et sécuritaire. Elles ont aussi ouvert une polémique sur le traitement médiatique des évènements, mettant en cause les choix éditoriaux de CNews et de BFM TV. Au coeur des critiques: la sélection des invités, la répétition des scènes de violence et la diffusion d'informations insuffisamment vérifiées.
Sur les chaînes d'information en continu, les débats ont parfois donné l'impression que le commentaire prenait le pas sur l'enquête. Le choix des intervenants est devenu un enjeu central: spécialistes de la police, éditorialistes et commentateurs se sont succédé pour analyser les images, tandis que la parole des manifestants et l'explication de leurs revendications suscitaient des contestations.
Sur BFM TV, une séquence a particulièrement marqué les esprits. Invitée sur le plateau, l'étudiante Lola Fleur Wittaker a vivement interpellé les commentateurs, leur reprochant de commenter les évènements à distance et de ne pas suffisamment évoquer les manifestants blessés. L'échange avec le spécialiste police-justice Dominique Rizet a illustré la fracture entre une lecture centrée sur les violences et une approche insistant sur les conditions dans lesquelles la mobilisation se déroulait.
Cette confrontation soulève une question essentielle: une chaîne d'information peut-elle prétendre éclairer le public si les invités qui dominent le débat ne représentent qu'une partie des réalités observées sur le terrain?
La polémique a pris une autre dimension avec la circulation d'une image censée représenter un couple âgé dépouillé de ses vêtements lors des violences. Le 17 octobre, sur BFM TV, Dominique Rizet a évoqué des informations reçues de sources policières concernant une agression de ce type. Mais l'image devenue virale pour illustrer cette histoire a été identifiée comme une création générée par intelligence artificielle. Les circonstances de l'agression alléguée n'étaient pas établies par les vérifications publiées.
Le problème
est considérable
Il ne s'agit pas d'affirmer que toutes les images de violences étaient fausses. De nombreux affrontements, pillages et dégâts ont été documentés. C'est précisément parce que les faits étaient graves que leur traitement exigeait une vérification rigoureuse.
CNews, dont les locaux ont été visés par des individus cagoulés le matin du 17 octobre, s'est retrouvée elle-même au coeur de l'évènement. Cette attaque contre une rédaction constitue une atteinte grave à la liberté de la presse. Elle ne dispense cependant aucune chaîne de questionner ses propres choix éditoriaux.
Le risque, pour CNews comme pour BFM TV, est de laisser les images les plus choquantes et les commentaires les plus polarisés imposer une lecture unique de la journée. Les scènes de casse méritent d'être montrées, tout comme les violences policières lorsqu'elles sont documentées. Mais les unes ne doivent pas effacer les autres, et les images ne peuvent remplacer le travail de contextualisation.
Le 17 octobre pose ainsi une question de crédibilité: qui contrôle le récit lorsque les images circulent plus vite que leur vérification et que les plateaux deviennent des arènes politiques?
La manipulation ne peut être imputée sans preuve à une chaîne dans son ensemble. En revanche, diffuser une image trompeuse, relayer une information non confirmée ou déséquilibrer le débat peut produire un effet de désinformation, même sans intention démontrée.