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Oued El Harrach/Pollution/Entretien août 2025

Date de création: 24-08-2025 19:29
Dernière mise à jour: 24-08-2025 19:29
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ENVIRONNEMENT- RÉGION - OUED EL HARRACH/ POLLUTION/ENTRETIEN  AOÛT 2025  

 

 © Karim Ouamane. Expert en environnement et économie circulaire , ancien directeur général de l’Agence nationale des déchets / Mohamed Benzerga/ El Watan, 19 août 2025

 

L'oued El Harrach, on en parle depuis des décennies et il fait reparler de lui à la suite du dernier accident de la route, où 18 personnes ont trouvé la mort. Y a-t-il un programme pour la réhabilitation de ce gros point noir ? 

Porté par une volonté politique affirmée au plus haut niveau de l’Etat, le projet de réhabilitation de l’oued El Harrach entre désormais dans une phase décisive. Des directives présidentielles claires ont fixé le cap : faire de ce cours d’eau un symbole de renouveau écologique et de développement durable. A cette fin, le président de la République a confié au ministère chargé de l’Environnement la coordination d’une action intersectorielle. Il s’agit désormais de concrétiser cette vision d’avenir, en capitalisant sur les enseignements du passé pour accélérer une métamorphose tant attendue.

Mais le discours officiel a toujours voulu montrer aux citoyens que des efforts sont consentis pour son aménagement physique.  Cela dure depuis des années. Alors que la réalité du terrain a été dévoilée par l’accident du bus, où les victimes ont été noyées dans des... égouts...

Il serait réducteur d’affirmer que les autorités sont restées inactives face à cette pollution majeure. Conscients de l’enjeu, les pouvoirs publics ont lancé au début des années 2010 un projet d’aménagement colossal. D’importants travaux de génie civil ont été réalisés : rectification du lit de l’oued, confortement des berges, des espaces de loisirs et de repos et, surtout, mise en service de stations d’épuration de grandes capacités, comme celle de Baraki, conçue pour traiter une grande partie des eaux usées urbaines d’Alger. Cependant, cette approche a révélé ses insuffisances. En se concentrant sur l’aménagement physique et le traitement en aval, elle n’a pas été assez radicale sur le problème à la source. Malgré un cadre réglementaire en place, le contrôle des rejets industriels s’est avéré lacunaire, permettant la persistance de déversements illicites. La problématique essentielle de la dépollution des sédiments, quant à elle, n’a reçu qu’une réponse partielle. Le constat est sans appel : des eaux toujours polluées et un écosystème qui survit plus qu’il ne vit.  

La pollution de l’oued El Harrach est un mal à deux têtes qui révèle les limites des actions passées. Il y a d’abord la pollution active : un flux continu de rejets contaminants qui l’agresse quotidiennement. Si d’importants progrès ont été accomplis dans l’amélioration des systèmes de traitement des effluents industriels, la situation reste préoccupante avec des unités qui continuent à rejeter des effluents non conformes aux normes. S’y ajoutent les eaux usées urbaines d’une grande partie de la population algéroise, et même de Blida. Ensuite, il y a la pollution passive. En effet, des décennies de pollution se sont accumulées dans les boues au fond de l’oued, formant une couche toxique qui continuera à relarguer ses poisons même si toute pollution active cessait.

Peut-on avoir un aperçu historique de l'oued El Harrach ? 

Il est difficile de l’imaginer aujourd’hui, mais l’oued El Harrach, qui prend sa source dans l’Atlas blidéen, n’a pas toujours été ce serpent nauséabond. D’une longueur de 67 km et connu à d’autres époques pour la pureté de ses eaux, il a irrigué les terres fertiles de la Mitidja et façonné le paysage d’Alger. Il était un écosystème riche, un lieu de vie, de pêche et d’agriculture. L’urbanisation galopante et l’industrialisation massive des années 1970 et 1980, notamment sur l’axe Gué de Constantine-Oued Smar-Rouiba, ont sonné le glas de cet héritage écologique. Progressivement, l’oued est devenu le déversoir des rejets industriels bruts, des eaux usées urbaines et ses rives le réceptacle des déchets de toute nature, le transformant en écosystème malade.

Par ailleurs, les récents aménagements des berges de l’oued El Harrach, avec la création d’espaces verts, d’aires de repos et de pistes de promenade, ont déjà offert un nouveau visage au cours d’eau. Toutefois, cette transformation paysagère, bien que réussie, n’est que la première étape d’une réhabilitation plus profonde. Pour que cette mission soit complète et durable, une nouvelle feuille de route s’impose, selon moi, ciblant directement la source du problème : la qualité de l’eau elle-même.

Que faudra-t-il préconiser, selon vous. pour atteindre l’objectif zéro rejet dans l’oued El Harrach ?

Plusieurs actions sont nécessaires. Il s’agit notamment de la concrétisation totale du Schéma directeur d’assainissement de la wilaya d’Alger, ainsi que de la prise en charge des rejets issus des communes de la wilaya de Blida (Bougara, Larabaa, Meftah et Ouled Selama) qui s’écoulent dans l’oued Djemaa, un affluent de l’oued El Harrach. 

Il est également indispensable d’obliger toutes les unités industrielles polluantes à se doter de stations de prétraitement de leurs effluents.

Par ailleurs, la stratégie doit aussi s’atteler à la gestion de la pollution passive à travers des opérations de dragage. Cette étape, particulièrement délicate, présente des risques majeurs, notamment la remise en suspension de polluants, tels que les métaux lourds et les hydrocarbures, susceptibles de contaminer l’eau en aval et de provoquer des pics de toxicité.

Une politique adoptant une politique de tolérance zéro passe par l’application rigoureuse du principe pollueur-payeur et l’achèvement du raccordement des effluents urbains et industriels prétraités aux stations d’épuration.

Et pour limiter ces dangers, il est essentiel de mettre en place des mesures strictes. Le déploiement de barrages flottants antisédiments pour isoler la zone d’intervention, ainsi qu’une surveillance continue de la qualité de l’eau en aval constituent des conditions incontournables à la réussite de cette démarche.

Une fois extraites, ces boues toxiques doivent subir un traitement spécifique adapté à leur nature. Plusieurs options peuvent être envisagées. Le traitement physico-chimique par stabilisation/solidification est courant : il consiste à mélanger les sédiments à des liants (comme la chaux ou le ciment) pour piéger chimiquement les polluants, les rendre inertes et permettre une réutilisation des matériaux traités en remblai sécurisé. 

Pour les contaminants organiques, le traitement biologique (biorémédiation) peut être une solution, utilisant des micro-organismes pour dégrader les polluants. En dernier recours, pour les sédiments les plus dangereux et non traitables, le stockage définitif dans des centres d’enfouissement technique de classe 1 conçus pour les déchets dangereux est la seule option afin de garantir qu’ils ne contamineront jamais plus l’environnement.

C’est en menant à bien ce processus complexe et maîtrisé que les aménagements existants prendront tout leur sens. La vision finale est celle d’une synergie parfaite, où la propreté de l’eau et la santé de l’écosystème viennent magnifier les espaces verts et les lieux de vie créés sur les berges. L’objectif ultime est de transformer l’oued El Harrach en une réussite écologique totale, où la beauté des aménagements et la propreté du cours d’eau contribuent à l’amélioration de la qualité de vie du citoyen.

Une gouvernance interwilayas pour la réussite du programme de réhabilitation s’impose, n’est-ce-pas ? 

Absolument. La réussite de cette stratégie ambitieuse dépendra de son pilotage et de sa gestion. Traversant deux wilayas, l’oued El Harrach exige une coordination dépassant les périmètres administratifs traditionnels. 

La création d’une agence de l’oued, ou la transformation de l’EPIC de la wilaya d’Alger (Ecoloh), actuellement chargé de la gestion et de la promotion de l’oued El Harrach aménagé sur le territoire de la capitale, en une entité unique dotée de prérogatives interwilayas et intersectorielles, en constituera la clé de voûte. Cette gouvernance unifiée permettra d’assurer la cohérence des actions de l’amont à l’aval et de garantir que la renaissance de l’oued El Harrach devienne, enfin, une réalité durable.

L'oued El Harrach reste une affaire d’urgence...

La réhabilitation de l’oued El Harrach est à un tournant décisif. Si la volonté politique est affirmée et les premiers aménagements paysagers réussis, le plus grand défi reste à venir : la renaissance écologique du cours d’eau.

L’urgence est double. D’une part, il faut mettre un terme définitif à la pollution active en appliquant rigoureusement le principe du pollueur-payeur : imposer le prétraitement des rejets industriels pour les ramener à un niveau acceptable par la station d’eaux usées urbaines de Baraki, et finaliser le raccordement de tous les rejets urbains aux stations d’épuration. D’autre part, il est impératif d’assainir les sédiments avec méthode, en déployant des technologies qui garantiront un succès écologique sans créer de risques supplémentaires.

L’oued El Harrach est bien plus qu’un simple cours d’eau : c’est un héritage écologique à restaurer, une dette envers notre passé et une promesse de bien-être pour des millions de citoyens. L’histoire ne jugera pas l’ambition de ce projet, mais la détermination à le mener à son terme.